Les débats sur le réchauffement climatique de 1979 à nos jours

Posté par Delphine SMAGGHE, le 23/11/2012
Catégorie : Climat
Tags : réchauffement climatique, doha, onu, pnue, débats, tazieff, lorius, cousteau

Pas de panique, ou les prémices du débat en 1979... Quand on fouille dans les archives de l’INA, on tombe sur des perles comme celle-ci : un débat réunissant en septembre 1979, sur le plateau des « Dossiers de l’écran », Haroun Tazieff, vulcanologue, Claude Lorius, glaciologue et Jacques-Yves Cousteau océanographe... La question initiale du téléspectateur est : l’activité des volcans risque-t-elle de faire fondre la banquise et monter le niveau des mers ?  Mais non, répond Haroun Tazieff, le problème vient du risque d’effet de serre provoqué par la pollution industrielle et l’énorme quantité de gaz carbonique qu’elle dégage. « C’est un baratin » rétorque Cousteau. Et d’expliquer qu’il existe des correcteurs naturels comme la végétation et les océans. Il suffit de planter des arbres en même temps qu’on brûle du pétrole... Le moins qu’on puisse dire, c’est que plus de 30 ans après, ce n’est pas gagné !

Entre la conviction d’Haroun Tazieff (qui passera de visionnaire à climato-sceptique dans les années suivantes) et le scepticisme agacé du commandant Cousteau (« On commence à me casser les oreilles avec cette histoire de CO2 ») pourtant considéré comme un pionnier de l‘écologie, on a le sentiment que le débat n’a pas beaucoup évolué depuis, même s’il est plus technique... Malgré tout, on mesure le chemin parcouru, notamment quand on sait que Claude Lorius (qui n'a pas l'air encore bien persuadé du problème) a été le premier, avec deux autres chercheurs français à établir, en 1987, un lien entre changement climatique et concentration des gaz à effet de serre, en étudiant le CO2 présent dans les carottes de glace polaire. Et il est de ceux qui auront alerté l’humanité sur la réalité du réchauffement.

Débat des Dossiers de l'écran - Archive INA - 4 septembre 1979

Et aujourd'hui ? La conférence de Doha sur les changements climatiques s’ouvre la semaine prochaine, tandis que le réchauffement évoqué par Haroun Tazieff en 1979 se poursuit à grand vitesse dans une relative indifférence. Un rapport commandé par la Banque mondiale vient de révéler que la hausse moyenne des températures sur la planète devrait atteindre les 4°C d’ici la fin du siècle, et alerte sur les effets désastreux de l’inaction, notamment pour les pays les plus pauvres. Dans le même temps une étude de l'association européenne de l'environnement montre que l’Europe ne serait pas épargnée, tandis que le programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) évalue pour sa part à 44 milliards de tonnes par an le plafond d'émissions soutenables en 2020, alors qu'elles atteignent déjà 50 millions de tonnes et sont sur une pente ascendante. Alors, tout est perdu ? Non, le PNUE rappelle que des politiques adaptées permettraient d'éviter au total 17 milliards de tonnes de CO2 par an, les secteurs du bâtiment, des transports, de l'agriculture et la lutte contre la déforestation constituant les principaux gisements d'économies. Pour de nombreux experts, ces politiques permettraient de créer de l'emploi et de lutter contre la pauvreté, au Nord comme au Sud.

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire |

Hyderabad : promesses tenues en faveur de la biodiversité

Posté par Delphine SMAGGHE, le 22/10/2012
Catégorie : Autre , Développement durable
Tags : biodiversité, onu, conférence, international, financement, négociations, diversité, convention, ressources naturelles

Une note d’espoir est ressortie de la conférence d’Hyderabad sur la diversité biologique, phénomène assez rare dans le monde des sommets internationaux au chevet de la planète où les négociations ont plutôt tendance à piétiner. D’autant que le sujet ne semble pas passionner grand monde, il faut bien le dire...

Il y a deux ans, à Nagoya (Japon) vingt objectifs ambitieux pour 2020 avaient été adoptés dans le but d’enrayer l'érosion toujours plus rapide des espèces végétales et animales. Mais la question centrale du financement de ces objectifs avait été reportée. Et c’était là le principal enjeu, et le gros point de blocage attendu, de la conférence d’Hyderabad : donner une substance financière à ces engagements pour qu’ils ne tombent pas aux oubliettes.

A Hyderabad, un compromis a été trouvé : les pays développés doubleront d’ici 2015 leur effort financier vers les pays en développement pour les aider dans leurs programmes de préservation de la biodiversité. Ils maintiendront leur contribution au moins à ce niveau jusqu’en 2020. En contrepartie, les pays en développement devront fournir des garanties sur l'utilisation des fonds et mettre eux-mêmes en œuvre des stratégies nationales et des moyens pour préserver la biodiversité. Un heureux dénouement dont il était permis de douter quelques heures plus tôt tant les négociations étaient tendues.

Une lacune est toutefois pointée dans cet accord : aucun chiffre n’a pour l’instant été cité. Le doublement est supposé être calculé à partir d’une moyenne des sommes affectées à la biodiversité entre 2006 et 2010, mais personne ne sait trop de quelles sommes on parle et quels sont les besoins des pays en développement. Cet accord montre malgré tout que la communauté internationale est encore capable de volontarisme en matière d’environnement. Hyderabad n'a pas remis en cause les promesses de Nagoya. Pays développés et pays en développement ont accepté d’assouplir leurs positions initiales et de faire un geste, grâce à quoi pour la première fois un objectif financier international est fixé en faveur de la biodiversité.

Et puis la conférence a aussi permis des progrès pour la protection des espèces marines en haute mer, de plus en plus exposées aux pêcheurs et aux compagnies pétrolières. Une cinquantaine de zones considérées comme sensibles dans le Pacifique, dans les Caraïbes et en Méditerranée ont été définies. Elles doivent servir de base à la constitution d'éventuelles aires marines protégées.

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire |

La conférence d’Hyderabad sur la diversité biologique

Posté par Delphine SMAGGHE, le 10/10/2012
Catégorie : Autre
Tags : biodiversité, onu, conférence, diversité, convention, ressources naturelles

CDB_Hyderabad_logo.pngC’est à Hyderabad, dans le sud de l’Inde, que se déroule en ce moment (du 8 au 19 octobre) la onzième réunion de la Convention sur la diversité biologique (CDB). Cette convention de l’ONU a été adoptée il y a 20 ans au Sommet de la Terre de Rio, tout comme la convention sur les changements climatiques, bien qu’elle suscite un intérêt médiatique généralement plus modéré que cette dernière.

L’enjeu n’en est pas moins crucial. L’érosion de la biodiversité ne se limite pas à la disparition des espèces, elle a des impacts économiques. Les écosystèmes fournissent gratuitement quantité de richesses : purification de l'eau, recyclage de l'oxygène et du carbone, fertilité des sols, production alimentaire, pêcheries, développement de médicaments... De nombreux secteurs dépendent de la bonne santé des milieux.

D’où l’importance de la mission des 160 pays membres rassemblés : concrétiser les engagements pris à Nagoya (Japon) en 2010, autrement dit accélerer la ratification du protocole adopté alors «sur l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation». Il s’agit en clair d’éviter le pillage des ressources naturelles du Sud à des fins industrielles au profit du Nord. Et ce n’est pas gagné : seuls six pays ont ratifié ce texte, qui nécessite 50 ratifications pour entrer en vigueur.

Autre point délicat, le plan stratégique pour la biodiversité adopté à Nagoya autour de 20 objectifs à atteindre pour 2020 et qui sont plus que jamais d’actualité, entre autres réduire le rythme actuel d'appauvrissement de tous les habitats naturels, éviter la surexploitation des stocks de poissons, étendre les aires protégées terrestres et maritimes... Il faut encore le décliner en plans d’actions concrets. Les différentes parties doivent rendre compte de l’état d’avancement de leurs politiques en la matière, mais les choses n’ont pas vraiment progressé.

Et bien sûr, l’épineuse question du financement nécessaire pour atteindre ces objectifs sera certainement un point de crispation. « Oui, nous sommes confrontés à une crise financière, mais les périodes de crise sont les meilleures occasions pour opérer des changements significatifs dans la façon dont nous agissons », a argumenté le directeur exécutif de la CDB. Au vu de l'érosion toujours plus rapide des espèces et des écosystèmes, le temps presse, c’est un air connu quand on parle d’environnement.

Chaque pays doit mettre en place une stratégie nationale pour la biodiversité, ce qu'a fait la France l'an dernier, sans pour autant en arrêter clairement le financement. Rappelons que la France possède le deuxième domaine maritime mondial.

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire |

Rio se conclut dans le scepticisme : et maintenant, que faire ?

Posté par Delphine SMAGGHE, le 27/06/2012
Catégorie : Climat , Développement durable
Tags : sommet de la terre, rio+20, nations unies, changement climatique, environnement, onu

Le sommet de la terre, RIO+20 s’est achevé vendredi soir comme beaucoup l'avaient supposé avant même que la conférence ne commence. Les représentants de 193 pays, dont près d'une centaine de chefs d'État et de gouvernement ont ratifié le texte d'accord final, « l'avenir que nous voulons » bouclé quelques heures avant l’ouverture par les négociateurs.

Échec ou point de départ ? Le verre est à demi vide ou à demi plein, selon les points de vue.

Pour la société civile, qui s'est abondamment mais en vain manifestée pour obtenir un accord ambitieux, c’est une désillusion annoncée : le texte minimaliste est fait d'intentions et de promesses peu élaborées et non datées. Pas de lignes directrices ni d’engagement contraignant sur l'économie verte, qui pourrait répondre aussi bien à la crise économique qu'à la dégradation de la planète. Le programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) est renforcé, mais sans la force et l'autonomie d'une vraie agence de l'ONU.

Le principal acquis est la décision de lancer des «Objectifs du développement durable» (ODD) sur le modèle de ceux du Millénaire adoptés en 2000 par l'ONU. Leur définition est toutefois laissée à un groupe de travail qui devra faire ses propositions en 2013, pour une mise en place à partir de 2015.

Rio pourrait malgré tout avoir lancé la dynamique d'une coopération internationale renforcée pour mieux gérer les ressources finies d'une Planète bien mal en point. Pour le secrétaire-général des Nations unies, Ban Ki-Moon « Rio+20 a affirmé des principes fondamentaux - renouvelé des engagements essentiels - et nous a donné une nouvelle direction ». Et pour la présidente brésilienne Dilma Rousseff, c'est un « point de départ ».

Les ONG et représentants de la société civile sont nombreux à pointer le rôle décisif des citoyens. À défaut d'engagements concrets, ce sont eux qui doivent faire pression pour que le processus soit mis en place.

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire |

RIO+20, les jeux sont faits ?

Posté par Delphine SMAGGHE, le 20/06/2012
Catégorie : Climat , Développement durable
Tags : sommet de la terre, rio+20, nations unies, changement climatique, environnement, onu

sommet de la terre, rio+20, nations unies, changement climatique, environnement, onu

La conférence des Nations unies sur le développement durable, baptisée Rio+20 en référence au sommet qui s’est tenu en 1992 dans cette même ville, a débuté aujourd’hui à Rio de Janeiro et s’achèvera vendredi.

Les 130 chefs d'État et de gouvernement attendus trouveront sur la table une déclaration finale déjà bouclée, ou peu s'en faut. Les négociateurs de Rio+20 sont parvenus mardi in extremis à un accord sur un texte intitulé « L'avenir que nous voulons » sous l’impulsion du Brésil. Le document, qui n'était toujours pas finalisé après 5 mois de négociations, a fait l’objet de longues discussions au cours de la nuit de lundi à mardi. Les Européens lui reprochaient son manque d'ambition sur les objectifs du développement durable et la gouvernance mondiale. Ils demandaient en particulier qu’une place plus grande soit faite au Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Ce texte, finalement réduit à  49 pages doit être signé vendredi soir, à la clôture de la conférence.

Pour les ONG, le résultat de la conférence est d'ores et déjà décevant. Il est peu probable que le texte soit retouché. Le peu de décisions concrètes qui en sortira paraitra sans doute insuffisant aux nombreux experts qui expriment un sentiment d’urgence face aux dangers qui menacent l'humanité. Une note d'optimisme cependant, qui vient des Amis de la terre : « Le texte semble avoir cessé de nous faire rétrograder par rapport à l'accord obtenu en 1992 ». Ce qui n’était pas gagné d’avance compte tenu de la crise et de certaines volontés de remettre en cause les engagements antérieurs. Mais il y a bien peu d’espoir que la conférence aboutisse à un accord qui prolonge le sommet de la terre de 1992 et engage davantage les États.

Si le sujet vous intéresse, vous trouverez une mine d’actualités sur le site de Terra Eco.

En marge des négociations, des milliers de participants se sont donné rendez-vous au Sommet des peuples pour tenter jusqu'au dernier moment d'en influencer le cours. Des photos sur le site « Planète » du Monde.

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire |

2012 : année internationale de l’énergie durable pour tous

Posté par Delphine SMAGGHE, le 05/01/2012
Catégorie : Energie
Tags : onu, année, énergie durable, 2012

annee-internationale-energie-durable.jpg

Dans les pays en développement, plus de trois milliards de personnes sont tributaires de la biomasse traditionnelle et du charbon pour cuisiner et se chauffer. Plus d’un milliard (1,4) de personnes n’ont pas accès à l’électricité. Même lorsque des services énergétiques modernes sont disponibles, ils sont trop coûteux pour des millions de personnes connaissant des difficultés économiques.

Reconnaissant l'importance de l'énergie pour le développement durable, l'Assemblée générale des Nations Unies a proclamé dans sa résolution 65/151, l'année 2012 "Année internationale de l'énergie durable pour tous".

L'Année internationale est l'occasion pour l’ONU de souligner l'importance du transfert de technologies et de leur diffusion à l'échelle mondiale, notamment dans le cadre de la coopération Nord-Sud, de la coopération Sud-Sud et de la coopération triangulaire. C’est dans ce cadre qu’un réseau mondial de professionnels de l'accès à l'énergie et des comités de coordinations nationaux sont en train de se mettre en place.

Pour consulter le site de l’Année internationale de l’énergie durable pour tous.

 

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire |

Durban, l’avenir du protocole de Kyoto en jeu

Posté par Delphine SMAGGHE, le 29/11/2011
Catégorie : Climat
Tags : kyoto, copenhague, cancun, sommet, onu, climat, protocole

Les représentants près de 190 pays sont réunis depuis hier à Durban, en Afrique du Sud, pour un nouveau round de négociations de deux semaines sur le climat. C’est la 17ème conférence des parties (COP) des États signataires de la Convention Climat de l'ONU initiée à Rio de Janeiro en 1992.

COP17Durban.pngL’avenir du protocole de Kyoto est en jeu, aux côtés de questions comme les financements dont pourraient bénéficier les pays les plus vulnérables. Depuis 2005, ce protocole vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre, atténuer leur impact sur l'environnement et aider les pays les plus menacés à s'adapter. Une première période d'engagements s'achève fin 2012. Les pays en développement réclament de nouveaux engagements de la part des pays industrialisés. Ce que refusent notamment le Japon, la Russie et le Canada.

L’Union européenne a proposé une feuille de route. Ses pays ont en bonne partie respecté leurs engagements de réduction des gaz à effet de serre et atteindront leurs objectifs en 2012, ou n’en seront pas loin : ils se sentiraient donc moins menacés par un prolongement de l’entente. Reste à convaincre la Chine, l'Inde, ainsi que les États-Unis, paralysés par leur situation politique intérieure. Après l’échec de Copenhague, Cancun avait permis de trouver un accord a minima. Reste-t-il un espoir de débloquer la situation ?

Pour en savoir plus, je vous conseille la lecture d’un dossier très complet dans le magazine Alternatives Économiques de décembre, intitulé « Climat, pourquoi ça n’avance pas ».

Vous pouvez aussi lire ici le commentaire (avant son départ pour Durban) de Jean-Charles Hourcade, spécialiste de l'économie du changement climatique qui participe à la Conférence de Durban comme membre de la délégation française.

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire |